puce Le sommaire puce La rue puce La gamelle puce Le toubib puce La réinsertion puce Le courrier
puce La taule puce Le fric puce L'éducateur à l'écran Les comptes puce Les liens
puce L'asile puce Le cul puce Le test    

Pas de poésie,
Ici on cause pognon.

(ndlr)


Chiffres

 

puce Prolégomènes
puce Baratin
puce Enfin du concret !
puce La deuxième année
puce La troisième
puce La quatrième
puce Et la cinquième gratuite !
puce Et tout ça pour quoi ?
puce Oh l'autre !



NB : tous les montants sont ici exprimés en nouveaux francs français. Mais si, rappelle-toi...

Des sous ! Des sous !

Avant de te mettre à ton compte dans l'exclusion, il faut bien sûr faire une étude de marché.

Mais que les chiffres sont difficiles à obtenir ! C'est vrai aussi qu'en France on ne parle jamais honnêtement de ce qu'on gagne. Surtout si, honnêtement, on ne gagne pas grand-chose. Pour faire avancer le schmilblick, tu trouveras ci-dessous un exemple authentique de comptabilité de RMIste de base. Et pas de la broutille : quatre années (cinq, maintenant : tout augmente !) de "salaires" exposées sans que le MEDEF y soit pour quelque chose !

Pourquoi limiter la publication à cinq années seulement ? Parce que. En contrepartie, c'est de l'intégral. Donc interdit aux moins de 18 ans, aux contrôleurs des impôts, au personnel des ASSEDIC et à toutes personnes travaillant à la Caisse d'Allocation Familiale. Les contrevenants seront poursuivis, les dommages & intérêts perçus seront intégrés lors des prochaines mizajours ;o)

 

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Baratin pour exacerber la curiosité

Pour toucher ton RMI, il te faut un compte. Ce n'est pas obligatoire dans le texte mais dans la réalité tu ne peux y échapper. Même un "interdit bancaire" peut se faire ouvrir un compte de dépôt.

C'est le Crédit Mutuel qui assure la distribution du fric pour le compte de la CAF. Le RMIste qui a un compte dans cette banque est donc servi en premier, les autres ne disposant de leurs sous que 24 ou 48 heures plus tard.

Si tu tiens à manger un jour plus tôt, va au Crédit Mutuel, mais fais-le avant d'être sponsorisé par la CAF car une fois "salarié" de la grande maison, il te sera de fait impossible d'ouvrir un compte ailleurs qu'à La Poste ou à la Caisse d'Epargne. C'est rigoureusement illégal mais c'est comme ça. Les banques "bien nées" n'ont aucune envie de voir leurs beaux guichets salopés par les traîne-savates.

Evidemment, il est assez difficile de convaincre un banquier, postal ou pas, de te filer carnet de chèque et/ou Carte Bleue. A toi les joies du paiement en liquide et les frais de mandat. Tu peux toujours te venger en payant ton café ou ton journal avec un billet de 200 fraîchement distributeur-automatiqué mais ce serait se tromper de cible et perdre un temps fou à attendre ta monnaie. D'autre part, ce n'est pas forcément une bonne idée de montrer partout que tu as des billets plein les poches.

C'est ainsi qu'entre le 5 et le 7 du mois, les comptoirs de La Poste et de l'Ecureuil sont pris d'assaut. Le racket éventuel n'a lieu que dehors, loin des caméras de surveillance. Entre le 7 et le 10, tu passes le plus clair de ton temps à effacer les diverses ardoises que tu pourrais avoir deci-delà. Puis tu retournes au guichet pour racheter de l'argent. A défaut d'autre chose, ça occupe le petit personnel.

Jusqu'au 20, les débits de boissons et les vendeurs de pinard font des affaires. Cela compense très largement ce qu'ils se font piquer du 21 au 7 du mois suivant. Cela dit, il ne faut pas généraliser. La preuve par l'exemple.

 

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Chuuuut, ça commence !

Un beau jour, Marcel (1) décide de s'inscrire au RMI. N'ayant pas de compte en banque, il perçoit son premier mois sous la forme d'une lettre-chèque à échanger contre du véritable argent auprès du Trésor Public local. Après s'être fait jeter de l'agence du Crédit Mutuel (c'était juste pour vérifier) Marcel ouvre un compte d'épargne à La Poste en déposant 50 balles. Eh oui, pas de pognon, pas de compte. Logique.

 

Un an plus tard, il fait le bilan :

 

Ressources de la 1ère année
graph 1 : clic pour voir les détails

Mode d'emploi des graphiques : cliquer dessus pour accéder aux données chiffrées.

 

Un rapide coup d'oeil montre que Marcel parvient à trouver du boulot rapidement. Et pas n'importe quel boulot : un boulot à temps complet payé au SMIC, avec un contrat de 6 mois. Ca, coco, c'est de la réinsertion ! Bon, d'accord, il s'agit d'une entreprise spécialisée dans la récup d'exclus, mais quand même.

Marcel met le maximum d'argent de côté pour pouvoir se trouver un logement, d'autant qu'il cumule salaire et RMI. Il s'est bien inscrit sur la liste d'attente des HLM, mais on lui a vivement recommandé de ne pas oublier de se réinscrire tous les six mois... En attendant, il est en CHRS, ce qui est difficilement conciliable avec son travail.

Manque de chance, au bout de trois mois il quitte son boulot. Qu'à cela ne tienne, il profite de ses trois fiches de paies et de 5000 francs en liquide pour convaincre un propriétaire de lui louer un studio. Il suffit d'oublier de mentionner qu'il vient juste de perdre son emploi et le tour est joué. L'exclusion impose souvent ce genre d'arrangement avec sa conscience. La CAF allongeant 1200 balles d'allocation logement pour un loyer de 1650 francs, le proprio ne risque pas grand-chose.

La chance semble lui sourire puisque son RMI reste au taux quasi maximum. Par contre pour retrouver un emploi, c'est mal barré. Puis la CAF a un remords et reprend ses billes. Voilà Marcel qui se retrouve avec moins de 1000 balles pour payer ses factures. Voir ses revenus varier d'un facteur >10 en quelques mois peut être déstabilisant. Surtout si ça se joue à la baisse.

Marcel fait un rapide calcul : ses frais fixes s'élèvent à 2000 francs/mois, en sacrifiant sévère. En théorie, le RMI doit donc lui suffire. En pratique, il y a le feu au lac.

Pour tenir jusqu'à ce que le RMI reprenne figure humaine, il profite du restaurant municipal, ce qui réduit sa facture d'alimentation. Le boulot ne court pas les rues, le moral plie les genoux, Marcel rase les murs en attendant la fin de l'orage. Un an vient de s'écouler et le bilan n'a rien de folichon. Une priorité absolue : conserver le logement, quitte à y crever de faim.

 

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La deuxième année

Et c'est reparti pour un tour :

 

Ressources de la 2ème année
graph 2 : clic pour voir les détails

Marcel constate que le montant de son RMI se stabilise un peu, par contre, question boulot ce n'est pas terrible. Quelques travaux chez un particulier payés en Chèque Emploi Service, 2 mois et demi de "stage de redynamisation" qui débouchent sur un emploi fixe. Où le taulier met trop de mauvaise volonté pour signer le contrat de travail (en ce temps-là, Marcel refusait catégoriquement toute idée de travail au noir).

Le retour de bâton est brutal et Marcel se chope une déprime de première bourre. Tu parles d'une redynamisation ! Au moins peut-il vérifier que ses estimations étaient correctes : il est possible de vivre avec le RMI. A condition de tirer un trait sur quelques petites bricoles...

 

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La troisième année

Les affaires reprennent :

 

Ressources de la 3ème année
graph 3 : clic pour voir les détails

Marcel décide de prendre le mors aux dents. Du moins à celles qui lui restent fidèles car quelques mois de boites de cassoulet et de gamelles de pâtes ont provoqué quelques défections... Maintenant plus de chichi : n'importe quel travail dans n'importe quelles conditions.

Gag : la CAF fait un noeud dans ses dossiers et perd toutes traces de Marcel. Plus de RMI, plus d'allocation logement ! Couic ! Marcel en sera quitte pour quelques heures d'attente aux guichets et quelques frais de découvert. Mais il aura retrouvé une existence officielle. Pfuuu...

Cela le conforte dans sa décision de tout accepter, y compris le travail au noir. Mais ce n'est pas si simple d'en trouver quand on n'est pas de la famille. Devant des résultats somme toute décevants, il contacte une association de réinsertion qui se charge de lui fournir quelques heures de boulot.

A l'heure du bilan, Marcel a l'impression de s'être démené comme un beau diable durant toute une année pour "gagner" à peine 400 balles de mieux par mois. 12% de bénéf, ce n'est pas le Pérou, mais quand on compte franc après franc, ça desserre un peu les mâchoires du piège. Optimiste, il considère ça comme son 13ème mois.

Si le montant du RMI progresse en moyenne, c'est que Marcel est devenu un pro de la négociation. Mais ça ne se fait pas tout seul. Coup de chance, dans sa CAF locale, l'attente avant d'accéder au guichet ne dépasse que rarement les 2 heures.

 

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La quatrième année

A force de chercher, Marcel fini par trouver :

 

Ressources de la 4ème année
graph 4 : clic pour voir les détails

Le boulot semble décidé à rentrer un peu mieux, Marcel commence à connaître un peu de monde. Reste des situations un peu bancales, genre un mois de boulot payé en 4 fois sur 4 mois. Va expliquer un truc pareil à la CAF, toi...

Marcel fini par toucher le gros lot : un contrat de 3 mois. Bon d'accord, c'est un mi-temps donc un mi-SMIC, guère plus qu'un RMI bien portant. Mais c'est un vrai contrat, et ça change tout. Et 3 mois d'assurés, il va pouvoir lever un peu le pied.

Parce qu'entre nous, Marcel commence à en avoir par-dessus la tête de galoper partout pour gagner 3 francs 6 sous. Cette dépendance que les beaufs sont si prompts à lui reprocher, ça fini par lui raboter le moral. C'est pourtant pas faute d'essayer. Mais imagine un peu la tête du CV qu'il peut présenter. Et pourtant, il est travaillé, le CV. Aucun mensonge, seulement des interprétations qui ne manquent pas d'air... A charge pour Marcel de placer sa marchandise lors d'éventuels entretiens mais le bluff ne marche pas à tous les coups.

 

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Et la cinquième en cadeau (presque en direct live !)

Ce qu'il y a de paradoxal avec le boulot, c'est que si tu n'en as pas c'est dur d'en trouver, alors que si tu bosses déjà tu croules sous les propositions.

Ressources de la 5ème année
graph 5 : clic pour voir les détails

 

Le trois mois à mi-temps s'est avéré être un quinze mois à mi-temps plus pas mal d'heures complémentaires. Bin oui, si tu travailles à temps partiel, les heures supplémentaires à taux majoré n'existent pas : ce sont des heures complémentaires à taux normal. Pas étonnant que le temps partiel soit aussi apprécié des patrons.

Soyons honnête, le Marcel il s'en fout du taux horaire, majoré ou pas. Une heure de plus à bosser, c'est 42 francs et 2 centimes de gagnés. Brut, bien sûr. Et depuis qu'il mi-travaille, on n'arrête pas de lui demander si des fois il pourrait pas faire quelques bricoles à droite à gauche. Chèques Emploi Service souvent, troc parfois : un plafond neuf contre un fauteuil d'occase par exemple.

Le Marcel reste demandeur d'emploi (mais hors statistiques du chômage) tant qu'il ne fait pas ses 169 heures/mois. Pour le principe et pour continuer à se faire offrir les tickets de bus. Pendant ses vacances, il fait un remplacement à plein temps. C'est que les vacances, avec un demi-smic... De plus, il y a un con qui a mazouté sa plage préférée. Ca tombe bien, il en profite pour acheter une voiture en fin de vie. Reste l'assurance : quelques années sans contrat à ton nom te renvoient à la case "nouveau conducteur, tarif prohibitif".

Le réseau de connaissances se met soudain à fonctionner. Quelqu'un à entendu dire que quelqu'un cherchait un gars et l'a dit à quelqu'un qui l'a répété à quelqu'un qui sait que Marcel cherche du 39 heures/semaine. Deux coups de téléphone et un entretien plus tard c'est fait : un mois d'essai, plein temps à durée indéterminé au bout. Comme quoi, quand ça s'y met... Par contre, pour remercier toute la chaîne de participants, ça va être coton.

Le plus dur reste quand même de ne pas tout envoyer balader à la première contrariété. Le Marcel y consacre beaucoup d'efforts. Ca t'étonne ?
S'il y parvient, ce sera la dernière mise à jour de cette page.

Mizajour : on pouvait pas se quitter comme ça ! Ce qu'il y a de bien avec la réinsertion, c'est la durée de la chose. Prochainement sur ton écran, la sixième année...

 

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Et il en fait quoi, le Marcel, de tout ce pognon ?

On va se le faire concis, sinon la page sera trop longue à charger :

Dépenses : clic pour voir les détails
7 façons de venir à bout d'un RMI

 

En cas d'avaries, il est toujours possible de faire appel aux services sociaux. Mais avoue que tu commences à saturer d'être constamment obligé de quémander ton su-sucre...

Quant aux conclusions à tirer de ces tableaux, tu te débrouilles tout seul, tu feras ça très bien.

 

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Y'a pas qu'le fric dans la vie

Il est essentiel de ne pas te bloquer là-dessus, sous peine de te flinguer rapidement. Commence par rencontrer le maximum de monde, histoire de te faire connaître tout en faisant savoir partout que tu ne serais pas contre un peu de boulot de temps en temps.

Pour que ça marche, il faut que tu sois resté sociable. Si ce n'est pas le cas, tu vas vite t'apercevoir que tous les gens que tu connais, et tu as vite fait le tour, sont tous +/- exclus. Forcément. Exclusion, c'est pourtant clair, non ?

LE piège : l'endroit le plus évident pour rencontrer du monde est le café d'en bas. Tant que tu paieras des tournées, tu connaîtras du monde. En fin de mois, ça se gâte un peu. Le VRAI piège : inviter les "copains" à des Kronenbourg-party chez toi, en espérant faire des économies. LE problème : si tu vires tout ce qui picole, tu vas te sentir bien seul.

Dès que tu recommences à bosser, donc à avoir un peu de fric, tu retrouves soudainement beaucoup de copains perdus de vue. Choisis : tu essaies de t'en sortir en préservant un minimum de dignité, ou tu joues au grand seigneur tant qu'il te reste un peu de blé. Ca ne change pas grand-chose au résultat.

Tu peux poser la question autrement. Si tu essaies de bosser et de rester sérieux, tu perds l'estime de tes anciens collègues de galère. Sans pour autant retrouver celle des inclus, faut pas rêver. Il y a un no-man's-land entre ces deux mondes. T'y aventurer signifie prendre le risque de te faire tirer à vue depuis les deux côtés de la frontière. Dans tous les cas, tu es un traître.

Bienvenue en exclusion, camarade.

 


(1) : afin de préserver l'anonymat, le prénom a été changé et de subtiles modifications ont été apportées aux données ;o)

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